« Dada a voulu tout mettre en pièces, Merz a voulu guérir et panser, faire du neuf avec des débris. Kurt Schwitters, l’initiateur de l’art MERZ, a dépassé le nihilisme dadaïste et, s’inspirant du constructivisme et de l’expressionnisme a maîtrisé la technique du collage, de la collision de matériaux physiques et sonores. J’ai imaginé à partir de sketches et de poèmes sonores de Schwitters une construction éclatée en morceaux d’objets, d’acteurs, de chants. L’enchaînement des séquences ne constitue en aucune façon une histoire suivie, leur voisinage est choquant d’absurde. Ce qui les unit ? La TENSION. C’est cette tension, tantôt grinçante, tantôt lyrique, qui se fait entendre dans Merz Opera. » — Denis Marleau
Textes de Kurt Schwitters _ Version scénique et montage de textes, Denis Marleau en collaboration avec Friedhelm Lach (VLB éditeur)
Avec Carl Béchard, Pierre Chagnon ou Pierre Lebeau, Bernard Meney et Danièle Panneton
Décor : Claude Goyette _ Costumes : Jacinthe Vézina _ Éclairages : Dominique Gagnon _ Bande sonore : Denis Marleau _ Dramaturgie : Friedhelm Lach
Une création d’UBU
Photo(s) : Josée Lambert
Nouveau Théâtre d’Outremont, mars-avril 1987 ;
Auditorium du Cégep de Maisonneuve, septembre 1988
En tournée en France, Suisse, Belgique, octobre-novembre 1988 : Centre Georges Pompidou, Paris ; Théâtre Municipal, Neuchâtel ; Théâtre Municipal, Bienne ; Théâtre Municipal, Yverdon ; Théâtre du Merlan, Marseille ; Atelier du Rhin, Colmar ; Les Ateliers, Lyon ; Théâtre Garonne, Toulouse ; Nouveau Théâtre de la Belgique, Bruxelles ; Festival du Jeune Théâtre, Liège ; Théâtre Municipal, Monthey ;
Festival de théâtre des Amériques, juin 1989 ; Festival Nouvelles Scènes, Dijon, novembre-décembre 1989 ; Exposition Sophie Taeuber, Musée d’art moderne, l’Arc, Paris, novembre-décembre 1989 ; VIII Festival international de théâtre de Grenade, Espagne, mai 1990 ; Institut Canadien, Québec, mars 1991 ; Maisons de la culture Côte-des-Neiges, Rosemont, Mercier, Notre-Dame-de-Grâce, Chapelle historique du Bon Pasteur, mars 1991
Denis Marleau a réalisé un travail de mise en scène admirable. Ce spectacle, fortement teinté d’absurde, a tout pour rebuter, et pourtant, il séduit, fascine. Les enchaînements sont minutieusement réglés, les jeux de lumières, les bandes-sons, puissamment travaillés, les mouvements et effets de scène quasiment parfaits. […) Nous, spectateurs, sommes éblouis, emportés par le lyrisme de cet opéra fou-fou-fou-fou, caustique, drôle et poétique, qu’on ne voudrait pas voir finir.
— LA MARSEILLAISE (Marseille)
Le résultat est vraiment saisissant : ce Merz-Opéra est un moment de théâtre d’une rare intensité, parce que totalement cohérent. Voici des acteurs qui ont l’air de se moquer de tout et qui vont au cœur de leur art, avec un sérieux et une virtuosité qui laissent pantois.
— LE SOIR (Bruxelles), Jacques de Decker
Le Théâtre Ubu mène une carrière internationale depuis maintenant six ans et c’est avec une pièce allemande que la compagnie a réalisé sa première tournée, un collage de textes de Kurt Schwitters, le Merz Opera. La confrontation de la troupe aux textes de Schwitters, qui Faisaient déjà partie des premiers spectacles du Théâtre Ubu (ainsi que quelques textes de Hugo Ball) et qui constituent un objet . très difficile à aborder (par exemple : mettre en scène de façon pertinente une expression comme böwörtääzääUupögö n’est pas évident...), a donné quelque chose de très captivant. Merz Opera fut un des sommets de la recherche extrêmement intéressante et ambitieuse de Denis Marleau et de sa compagnie, recherche autour de « tous les ismes antiréalistes, futurisme, dadaïsme, expressionnisme, constructivisme, etc., avant-gardes qui ont été paradoxalement fécondes pour le réalisme », un spectacle-synthèse (textuel, visuel et musical) de la démarche d’Ubu, dont Kantor, « qui revendiquait lui-même ses influences dada », est une des références importantes. La réception de cette production virtuose fut généralement étonnée et ravie. « Merz, alors ! » disait-on en France, tandis qu’au Québec on conseillait de tout déposer et de s’arranger pour aller voir Merz Opera, cette « surprise totale » !
— THÉÂTRE PUBLIC (Gennevilliers), Christine Borello
Véritable spectacle-révélation, Merz Opéra a mis en lumière le travail de quatre formidables comédiens. Carl Béchard, Pierre Chagnon, Bernard Meney et Danièle Paneton se volent littéralement les répliques pendant une heure et demi.
— LA LIBRE BELGIQUE (Liège), Do. D.
Certes, l’imagination et l’improvisation des acteurs « merziens » donnent une atmosphère « audiovisuelle » inconnue du grand public, mais quel régal ! C’est formidable, précis. « Ça baigne dans l’huile ». On en sort « tout mou ».
— LA CÔTE DES ARTS (Marseille), L.E.S.
Le non-sens vu par Denis Marleau n’a de comparable que la truculence et la sensibilité de Kurt Schwitters. Et les quatre compères de cette dérision désorganisée, mais oh combien parfaitement rythmée, s’y prêtent avec une sévérité qui n’a d’égale que leur maîtrise de l’irrationnel. […] le théâtre Ubu a su mettre en valeur un théâtre musical tour à tour drôle, captivant et pittoresque, qui pousse à dire : Marleau ! : encore.
— L’ALSACE (Colmar), M. Herzog
En tout cas, il s’est passé quelque chose, et il ne fallait pas le rater. Ne serait-ce que pour l’extraordinaire qualité du spectacle et pour l’étrange plaisir de se trouver confronté au non-sens, d’où surgit paradoxalement une multitude de sens possibles : pour autant qu’on entre dans le jeu te qu’on accepte de transformer soi-même cette expérience en une exubérante quête personnelle de tous les sens.
— NV (Yverdon), Marie-Claire Chamot
La mise en scène exemplaire de Denis Marleau, très stricte et pourtant si légère, très simple et cependant si imaginative, ne démontre rien, elle suggère, elle cligne de l’œil, elle symbolise, donne le rythme et le ton sans jamais empiéter sur le jeu des acteurs. […] le talent du théâtre Ubu et de Schwitters associés est d’avoir su, en poussant toutes les formes d’expression humaine jusqu’à l’extrême limite de leur sens, renverser les valeurs […].
— LE BIEN PUBLIC (Dijon), Lucie Bernat
Son spectacle est un collage arbitraire, débridé, mais agissant des éléments les plus divers […] Un spectacle provocant, délicieusement malicieux et d’une grande rigueur. À ne pas rater.
[...] Le spectacle fignolé par le metteur en scène Denis Marleau et les acteurs Carl Béchard, Pierre Chagnon, Bernard Meney et Danièle Panneton nous entraîne dans une série d’instants dramatiques à première vue grotesques et comiques, mais desquels suinte vite le tragique d’existences minées par le culte des apparences, les conventions sociales stériles, la solitude, etc.
— LE SOLEIL (Québec), Jean St-Hilaire
[…] le théâtre Ubu aura été l’une des grands gagnants de ce festival montréalais (Festival de Théâtre des Amériques). Vendredi encore, on cherchait des places disponibles pour assister au Merz Opera qui nous aura permis de poursuivre l’enchantement de Ubu Cycle et du Oulipo Show. […] et c’est justement là la grande magie de ce spectacle. Pouffer de rire, se laisser prendre à un jeu qu’on ne saisit pas. Ubu c’est plus que du théâtre, c’est comme une musique, un rythme qui vous poursuit et qui enchante l’oreille.
— LA PRESSE (Montréal), Jean Beaunoyer
Véritable exemple de mise en application d’une théorie esthétique à la scène, dans un décor de Claude Goyette et des costumes de Jacinthe Vézina qui portent bien l’esprit Schwitters, le spectacle du groupe Ubu est le plus formidable coup de maître que réalise cette troupe fondée, il y a cinq ans. […] le travail, immense, et l’application maniaque, n’écrasent en aucun temps la magie d’un spectacle qui respire, qui bat, et qui se trouve à déranger le spectateur du côté du rire, donc du cœur.
— LE DEVOIR (Montréal), Robert Lévesque
La présentation par le Théâtre Ubu de Merz Opera, anti-revue Dada dirigée par Denis Marleau et composée à partir d’une sélection de textes de Kurt Schwitters […] restera dans les annales comme une des grands moments du théâtre qui se fait au Québec. […] Précisément, la perfection du spectacle tient à la maîtrise des quatre comédiens dont on ne saurait dire lequel est meilleur que l’autre […] Et puis les sketches sont minutieusement agencés, rythmés de façon exemplaire par le metteur en scène, avec l’illusion d’une absolue simplicité alors qu’on ne peut rêver de textes aussi pleins d’embûches.
— SPIRALE (Montréal), Anne Brisset
Merz Opéra, la maîtrise absolue de l’absurde […] Cet ensemble remarquablement coopératif et pourtant bien individualisé reproduit et construit, Merz Opera, c’est-à-dire ce collage et cet assemblage d’objets et de grimaces, d’actes gratuits et de répliques glossolalliques, de geste sans calcul mimétique, de monologues et de répétitions vocales en deçà et au-delà d’une représentation théâtrale. […] au grand profit du spectateur, ce mélange grandiloquent et carnavalesque, cette libération de l’énergie ludique sont particulièrement salubres.
— VICE-VERSA (Montréal), Wladimir Krysinski