Au premier abord, les dramaticules semblent être davantage des pièces pour être entendues que pour être vues. Ce qui ne veut pas dire que Beckett néglige l’image. Au contraire, tous les objets scéniques, accessoires de décor et de costume sont décrits avec la plus grande précision. Et ces images fixes inventées par Beckett vont prendre toute leur dimension grâce aux jeux d’obscurité et de lumière. C’est un théâtre minimaliste où l’action se résume presque toujours au simple fait de parler, car « ce qui se passe, ce sont des mots ». [...] Les voix chez Beckett semblent appartenir au monde des morts. Le modèle de jeu pour la Cantate pourrait être une sorte de fantôme immobile qui est pourtant en mouvement, qui de la vie à la mort, ou vice-versa. Mais toujours quelqu’un qui effectue un passage. (D. M.)
Dramaticules de Samuel Beckett _ Montage des textes et mise en scène de Denis Marleau
Avec Carl Béchard, Pierre Chagnon, Pierre Lebeau, Han Masson, Bernard Meney, Pascale Montpetit et Danièle Panneton
Décor : Claude Goyette _ Costumes : François St-Aubin _ Éclairages : Guy Simard _ Musique : Jean Derome _ Maquillages : Pierre Lafontaine _ Conseiller artistique : Zaven Paré _ Assistance à la mise en scène : Lou Arteau
Coproduction : UBU, Festival New Music America/ Montréal Musiques Actuelles
Photo(s) : Josée Lambert
Alors écoutons. Cantate grise oppose la lenteur des déplacements à l’éclatement des sons. Les mots se précipitent dans la bouche de ces personnages fuyants, de ces êtres qui passent comme des ombres sur noire réalité. […] Et Cantate grise est le spectacle le plus exigeant et le plus fascinant qu’on peut voir présentement à Montréal.
— VOIR (Montréal), Marie Labrecque
Denis Marleau rappelle une fois de plus l’importance qu’il a pris, ces dernières années, dans le champ de la mise en scène. Avec cette Cantate grise, il sert Beckett avec respect mais aussi avec imagination, rigueur et inspiration. Et il dirige des comédiens prodigieux, qui réussissent le tour de force de disparaître derrière des fantômes hallucinés.
— LA PRESSE (Montréal), Jean Beaunoyer
Denis Marleau a su admirablement relever ce défi par la recherche attentive de ce qui, au sein de chacun de ses objets anti-théâtreux, constituait la base d’une théâtralité. […] Il se passe beaucoup de temps, dans le spectacle du Théâtre Ubu, où l’on sent que le langage arrive à l’épuisement de ses ressources, où le silence prend enfin le relais des murmures incessants. Et pourtant, c’est dans le silence et ce langage déraciné, retransmis par des haut-parleurs, que Denis Marteau trouve le ressort de la Cantate Grise.
— SPIRALE (Montréal), Yves Jubinville
Composé de huit dramaticules et courtes pièces choisies, ainsi que de quelques extraits de romans et de nouvelles, Cantate grise était un spectacle difficile, exigeant, qui s’est avéré une totale réussite. […] Évitant autant que faire se peut les développements linéaires, favorisant l’instant, le théâtre de Beckett convenait tout à fait aux artisans du Théâtre Ubu, qui ont su faire de ce spectacle une réussite. Rien de moins spectaculaire et en même temps de plus inoubliable que ce Pas moi qui vient clore Cantate grise et où on ne voit qu’une paire de lèvres enduites de rouge bouger sans arrêt comme si elle mastiquait les mots, cette loghorrée verbale d’une femme qui s’adresse à une autre et qui semble ne vouloir jamais finir. […] Belle fin de partie.
— CAHIERS DE THÉÂTRE JEU (Montréal), Jean-François Chassay
Denis Marleau crée une épure scénique du néant d’une extraordinaire force d’évocation visuelle où paradent l’irlandicité de Beckett et le Shakespeare cérémoniel britannique, ainsi que l’absurdité tragique para-ubuesque. Voilà enfin le théâtre de cette histoire connue, racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur et qui signifie :« nothing ! ».
— VICE VERSA (Montréal), Wladimir Krysinski
From beginning to end, the text dominates, relentlessly vital. Paradoxically, once individual identity and the trappings of mundane existence are stripped away, the seed of humanity is laid bare through the power of the word and the voice.
— THEATRUM (Toronto), Shelley and Paula Danckert