d’après les textes d’Alfred Jarry
adaptation et mise en scène de Denis Marleau

Disons-le d’entrée de jeu : dans son théâtre, Jarry n’a jamais été un prêcheur de vérité, de naturel ou d’authenticité. Plutôt, sa grande affaire à lui aura été de multiplier les métamorphoses, d’en adopter du Père UBU à Faustroll, tous les masques jusqu’à l’équivalence absolue. Il fallait donc créer « les Ubs », une galerie de monstres pour se fondre dans cette fantasmagorie de l’étrangeté, pour nous faire réagir à ce qu’Artaud le Mômo aurait appelé un souffle de peur pataphysique. Et finalement pour en rire un bon coup, car c’est tout de même un potache qui mène ce bal de sons, de mots et de gestes. Un enfant, témoin d’une fin de siècle, qui pourrait encore aujourd’hui singer les horribles grimaces de quelques grands de ce monde, nos scélérats du temps présent. (D.M.)

Crédits

D’après les textes d’Alfred Jarry _ Adaptation et mise en scène de Denis Marleau

Avec Chantal Baril, Carl Béchard, Hubert Gagnon, Pierre Lebeau, Alexis Martin, Danièle Panneton et les musiciens-soldats : Carol Bergeron, Ivanhoé Jolicoeur, Allan Laforest, Jean-Denis Levasseur, Jean Sabourin, Claude Vendette et la voix de Denis Marleau

Décor : Claude Goyette _ Costumes : Lyse Bédard _ Éclairages : Guy Simard _ Musique : Jean Derome _ Maquillages : Angelo Barsetti _ Conseiller artistique : Zaven Paré

Création du Théâtre UBU en coproduction avec le Festival de théâtre des Amériques, le Centre national des Arts ; Maison de la culture Frontenac, mai-juin 1991.

Photo(s) : Josée Lambert


Diffusion
Centre national des arts, Ottawa, septembre-octobre 1991 ; Maison de la culture Frontenac, novembre 1991 ;
En tournée au Québec, CACUM/Jouer dans l’île : Maisons de la culture Ahuntsic, Rosemont, Maisonneuve, octobre 1992 ;
En tournée en France, octobre-décembre 1992 : Espace Planoise, Besançon ; Centre Saonora, Mâcon ; Maison de la Culture, Bourges ; Espace Malraux, Chambéry ; l’Hexagone, Meylan ; Théâtre de la Renaissance, Oullins-Lyon ; Théâtre municipal, Bourg-en-Bresse ; Théâtre de la Cité internationale, Paris ; CAC, Alençon ; Théâtre de Chartres ; Festival Nouvelles Scènes, Dijon ; Théâtre du Crochetan, Monthey ; Le Dôme théâtre, Albertville.

Presse

Ces effets scénographiques, plastiquement beaux mais pas très joyeux dans leur dandysme nécrophilique, sont heureusement tonifiés par les bouffonneries des acteurs – en particulier, les savoureuses gesticulations de virago mécanique de la Mère Ubu (Carl Béchard) et les contorsions d’un Bougrelas monté en graine (Gary Boudreault). Une fanfare de palotins-musiciens les accompagne avec une poésie mi-foraine mi-savante, sur une musique de Jean Derome librement inspirée des notes retrouvées de Claude Terrasse.
— LE MONDE (Paris), Bernadette Bost

Peu d’artifices, sinon un grossissement des traits caricaturaux des personnages, soutenu notamment par une mère Ubu (Carl Béchard) et un père Ubu (Pierre Lebeau) truculents, un Bougrelas désaxé à souhait. Le texte a la part belle, la volubilité des dialogues de Jarry est accentuée par un tempo rythmé d’entrées et sorties incessantes, une course parfaitement maîtrisée.
— LIBÉRATION (Paris), Marc Laumônier

À la tête du théâtre Ubu, Denis Marleau connaît sans aucun doute Kantor et les mises en scène brechtiennes et post- brechtiennes ; son adaptation d’Ubu roi, baptisé Les Ubs, est totalement maîtrisée.
— REVUE PASSAGES (Paris), Gilles Costaz

Du décor aux costumes, rien ne cloche. Avec une gestuelle parfaite aux effets garantis, la troupe du Théâtre Ubu évolue avec des gestes de marionnettes à un rythme d’enfer. Fanfare, « merdre » retentissants, crocs à finance et autres trappes ubuesques font de toute évidence les délices des comédiens musiciens, danseurs, chanteurs.
— LE BERRY RÉPUBLICAIN (BOURGES), Marie-José Ballista

L’extraordinaire mise en scène en accentue l’acuité. Les acteurs ne marchent pas, ils trottinent comme sur des roulettes ou articulent des pas saccadés d’automates comme des caricatures. Défilement de troupes en gris marron couleur de guerre sourde, chassés-croisés imbibés de poison, revenants balayant la scène en ombres chinoises depuis de ludiques silhouettes qui tournent au-dessus de la salle : les trouvailles du metteur en scène sont intéressantes, ne laissant pas un instant de répit au plaisir des sens, le tout mené magistralement par un Père et une Mère Ubu surréalistes […]
— LE PROGRÈS DE SETT (Macon)

[…] il fallait cependant une bonne dose d’audace et d’imagination de la part de Denis Marleau, auteur de l’adaptation et de la mises en scène de cette pièce, pour arriver à cette galerie de monstres extraordinaires, évoluant dans un univers fantasmagorique à un rythme effréné, ponctué des musiques étonnantes d’un orchestre de foire.
— LE BIEN PUBLIC (Dijon), Nathalie Bouley

[…] le travail de la troupe de Marleau est remarquable. On craignait l’absence de Pierre Chagnon qui n’a pu reprendre le rôle de Père Ubu qu’il tenait dans Ubu Cycle, voilà que Pierre Lebeau, qui le remplace, est extraordinaire. Son Père Ubu a moins d’étrangeté que celui de Chagnon, mais il explore plus l’imbécillité heureuse. Lebeau est génial d’innocence et de bêtise. Quant à la Mère Ubu de Carl Béchard, c’est la suite d’une aventure prodigieuse pour cet acteur. Il s’agit d’une interprétation magistrale qui restera dans les annales du théâtre. Alexis Martin est étonnant dans la silhouette du roi Venceslas, je n’ai pas reconnu Hubert Gagnon dans le capitaine Bordure, c’est dire..., Danièle Panneton, qui joue en petit Chariot la fonction de régisseur ou de présentateur, est aérienne mais elle aurait peut-être trouvé plus de profit à jouer la Reine Rosemonde, la Czarine, Éleuthère, ces personnages que Chantai Baril rend avec un peu de difficulté.
Scénographiquement, c’est le plus beau travail du Théâtre Ubu à ce jour. Claude Goyette a installé un couloir de palais délabré, une maison vide, salle d’opération de l’anatomie de la farce, où avec les costumes, les maquillages, les éclairages, on arrive à une dramatisation des plus sombres et des plus belles. Ce sont des ombres qui passent, éclairées du proscenium comme au temps de Jarry, et dans cette antichambre circulent six musiciens, parfois suite royale, parfois bande de cabaret, dans une foirade triste que signe Marleau avec un doigté rigoureux et presque poignant.
— LE DEVOIR (Montréal), Robert Lévesque

Le travail de Denis Marleau, conçu à partir d’un montage des différents Ubu(s) d’Alfred Jarry, mérite le plus grand éloge.[…] Il ne se départit pas de son penchant pour un théâtre parlé et scandé, intense et ludique, qui parcourt toutes les amplitudes de l’intelligence surréaliste ou de la bêtise humaine tout court. […] Denis Marleau produit un chef-d’œuvre scénique. Le lugubre, la monotonie et la compulsion du mal, l’immensité de la bêtise et de la cruauté humaines sont visés par la rigueur extrême des opérations scéniques.
— VICE VERSA (Montréal), Wladimir Krysinski

La simplicité apparente de cette pièce cache une maîtrise étonnante qui tient à la fois à une esthétique – dont on reconnaît maintenant les traces les plus manifestes, qui ne ressortissent pas seulement au travail vocal exemplaire si souvent souligné à propos du Théâtre Ubu –, et à une réflexion sur le théâtre – dont le choix des objets et la technique de recomposition, de montage, sont déjà des signes. La cohérence de la démarche de Denis Marleau et de sa troupe depuis maintenant près de dix ans, ainsi que sa singularité dans le milieu théâtral québécois actuel, méritent encore une fois d’être soulignées.
— SPIRALE (Montréal), Jean-François Chassay

Quand au début des Ubs, l’extraordinaire Père Ubu de Pierre Lebeau nous lance un Merdre Tonitruant, qui résonne encore aujourd’hui, il faut sans doute entendre tout bas : « Comme dirait Alfred Jarry ». Mais le message passe. Avec le Théâtre Ubu, on découvre avec plaisir que la fin de l’avant-garde n’a pas tué l’amour, ni l’insolence.
— PARACHUTE (Montréal)

Le théâtre Ubu nous a habitués à d’excellentes performances soutenues en partie par la grande virtuosité de comédiens comme Carl Béchard ou Danielle Panneton qui ont participé à presque toutes les créations de la compagnie. Les Ubs ne fait pas exception.
— VOIR (Montréal), Luc Boulanger

Marleau has made an excellent choice here. Where Jarry rejects psychology, Marleau injects music, make-up and movement. In Marleau’s Les Ubs, style is substance.
— THE OTTAWA CITIZEN (Montréal), Michael Groberman

Tout dans ce spectacle, du décor de Claude Goyette, aux éclairages de Guy Simard ou aux costumes de Lise Bédard, appelle au ravissement le plus total.
— JOURNAL DE MONTREAL

Ce spectacle nous réserve des passages d’un irrésistible effet, à cause de la vitalité du jeu surtout.
— LE SOLEIL (Québec)

Du théâtre fou, fou, fou ! Un délirant divertisement.
— LE DROIT (Ottawa-Hull)